Jacob Coxon, chercheur britannique en intelligence artificielle, a annoncé sa démission d’Anthropic dans un fil de messages publié sur X. Il y accuse son ancien employeur, ainsi qu’OpenAI, de « jouer avec nos vies » en poursuivant une course effrénée vers une prétendue super-intelligence. Selon lui, « aucune autre activité humaine ne représente un tel danger » et la concurrence entre les entreprises du secteur empêche toute pause salutaire.
Des accusations graves et un appel à l’embargo
Dans ses messages, Jacob Coxon affirme que les responsables du développement de l’IA pensent sincèrement qu’elle pourrait tuer une grande partie de l’humanité d’ici la fin de la décennie. Il prédit l’arrivée de « systèmes suprahumains » capables de pirater n’importe quel système, de révolutionner tous les domaines de recherche et d’acquérir pouvoir et ressources matérielles. Pour éviter le pire, il appelle à un « embargo temporaire sur l’amélioration des modèles », une mesure qu’il reconnaît lui-même difficile à mettre en œuvre dans un monde où chaque puissance craint les avancées de ses concurrents.
Un discours qui interroge la stratégie des géants de l’IA
Le récit eschatologique d’une IA « Terminator » a valu à une partie de l’industrie d’être qualifiée de « doomer », c’est-à-dire de prophète de l’apocalypse. Certains y voient une tactique marketing : vendre à la fois le poison et l’antidote en se présentant comme les seuls à détenir la clé de l’« alignement », cette hypothétique harmonie parfaite entre les objectifs humains et ceux des machines. Jacob Coxon rejette cette lecture. Il assure que, loin des caméras, les responsables partagent les mêmes inquiétudes.
Des positions internes révélatrices
Evan Hubinger, responsable de l’alignement chez Anthropic, a répondu aux messages de Coxon. Il reconnaît être « sincèrement convaincu que l’IA pourrait annihiler la race humaine » et admet qu’Anthropic « n’a pas encore de stratégie pour atteindre l’alignement et ne semble pas sur le point d’en avoir une ». Ces déclarations font écho aux inquiétudes historiques d’Anthropic, née d’une scission avec OpenAI précisément en raison des risques que prendrait Sam Altman. Pourtant, en février 2026, Anthropic a assoupli certains de ses garde-fous, prétextant que la concurrence ne s’embarrassait pas de tels principes.
Des conséquences déjà visibles, loin des scénarios apocalyptiques
Si les débats sur les risques existentiels captent l’attention, les effets concrets de l’IA sont déjà perceptibles : impacts sur la santé mentale, transformation du travail, empreinte climatique croissante. Ces enjeux quotidiens sont peut-être moins spectaculaires mais n’en demeurent pas moins urgents à traiter.
Ce qui est confirmé et ce qui reste en suspens
Ce qui est confirmé : la démission de Jacob Coxon, ses accusations publiques, et la réponse d’Evan Hubinger reconnaissant l’absence de stratégie d’alignement claire chez Anthropic. Ce qui reste inconnu : les répercussions internes chez Anthropic et OpenAI, la possibilité d’un quelconque moratoire, et la suite des travaux de Coxon. L’industrie de l’IA continue de progresser, portée par des intérêts économiques et géopolitiques puissants, tandis que les voix critiques se font de plus en plus nombreuses.
