L’Urssaf, organisme chargé de la collecte des cotisations sociales en France, a choisi les solutions de Red Hat pour moderniser son infrastructure. L’annonce a été faite mardi 8 septembre. L’éditeur américain, filiale d’IBM, fournit sa plateforme de conteneurs OpenShift et son système d’exploitation Red Hat Enterprise Linux.
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de cloud privé pour la sphère sociale. Elle touche des services très utilisés comme le CESU ou Pajemploi, sans pour autant concerner les postes de travail des agents.
Une infrastructure conteneurisée à grande échelle
L’Urssaf a déployé 38 clusters OpenShift. Cette plateforme héberge 1 450 namespaces et 45 applications en développement ou en production, dont les services CESU et Pajemploi, dédiés aux particuliers qui emploient un salarié à domicile. Certaines de ces applications supportent plus de 4 000 transactions par seconde, ce qui impose une exigence de disponibilité continue.
En parallèle, Red Hat Enterprise Linux fonctionne sur environ 41 % des serveurs de l’organisme. Il fait notamment tourner SNV2, l’outil de gestion des cotisations des usagers. Cette proportion pourrait évoluer, aucune feuille de route précise n’ayant été communiquée sur les serveurs.
Le principal gain annoncé concerne la maintenance. Les mises à jour techniques, qui mobilisaient plusieurs semaines, voire plusieurs mois, s’effectuent désormais en quelques jours, sans interruption de service. Ce raccourcissement des cycles est lié à l’uniformisation apportée par la conteneurisation.
Le refus du cloud public et ses limites
Frédéric Bronnert, product owner de la plateforme de cloud interne, justifie ce choix par la sensibilité des données traitées. Un recours à des services de cloud externe a été exclu, ce qui explique la construction d’une infrastructure privée. Plus de 100 personnes ont été formées pour accompagner cette mutation, avec un responsable de compte technique Red Hat en contact hebdomadaire avec les équipes.
Cette décision relève de l’open source, mais pas de l’indépendance vis-à-vis des acteurs américains. Red Hat est une filiale d’IBM, et même si le code est ouvert, le partenariat reste étroit avec une entreprise états-unienne. Le discours sur la souveraineté technologique est donc nuancé dans les faits.
L’Urssaf ne s’arrête pas là. Un cluster GPU dédié à l’intelligence artificielle est en cours d’installation, et une plateforme d’IA générative interne est préparée. Là encore, aucun service extérieur ne sera sollicité.
Un mouvement plus large dans l’administration
Cette démarche s’inscrit dans un contexte de réflexion plus vaste sur l’utilisation de Linux dans le secteur public. La direction interministérielle du numérique a annoncé en avril 2026 sa propre transition vers Linux, avec l’ambition d’entraîner l’ensemble de l’administration. La DGFiP, chargée des finances publiques, évalue également ce changement pour ses postes de travail.
Jean-Baptiste Courouble, directeur des systèmes d’information de l’Urssaf, milite pour un cloud privé mutualisé couvrant toute la sphère sociale, notamment la CNAM et la MSA. Ces initiatives convergent, même si une doctrine claire n’est pas encore formalisée à l’échelle de l’État.
Pour les utilisateurs finaux, les services comme CESU et Pajemploi devraient bénéficier d’une meilleure réactivité dans les déploiements de correctifs. L’Urssaf conserve ses données en interne et réduit sa dépendance aux éditeurs historiques, mais la bascule des postes de travail de ses 16 000 salariés reste à venir. Les outils du quotidien des agents et des administrations sont toujours sous Windows, sans calendrier annoncé pour un changement.
Ce qui est confirmé à ce jour tient au choix d’OpenShift et de Red Hat Enterprise Linux sur les serveurs, avec des gains mesurables en termes de délais de mise à jour. Ce qui demeure inconnu concerne la suite donnée à ce mouvement : aucune décision n’a été officialisée pour les postes de travail ni pour les autres branches de la protection sociale.
