Le 9 septembre 2026, la National Security Agency (NSA), la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) et le Federal Bureau of Investigation (FBI) ont publié un avis conjoint de cybersécurité. Selon ce document, six entreprises chinoises d’intelligence artificielle — DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI — auraient mené des campagnes de distillation à l’échelle industrielle, extrayant les fonctionnalités propriétaires de modèles américains avancés. Les agences américaines recommandent aux organisations concernées des mesures de mitigation pour contrer ces pratiques.
Des accusations précises sur des modèles et des volumes
L’avis indique que ces entreprises auraient extrait « des milliards de jetons à travers des millions d’échanges ou requêtes » depuis 2024, ciblant notamment les modèles d’Anthropic (Claude), OpenAI (GPT), Google (Gemini) et xAI (Grok). La distillation est une méthode de développement qui consiste à entraîner un nouveau modèle à partir des sorties d’un modèle plus puissant. Selon les agences, DeepSeek aurait utilisé les données et capacités de plusieurs modèles Claude, Gemini, GPT et Grok pour entraîner ses propres modèles, dont R1, son modèle de raisonnement open source publié début 2025. Moonshot AI aurait extrait des données « significatives » de Claude Fable — un modèle qu’Anthropic a conçu pour démocratiser certaines fonctionnalités de son modèle de cybersécurité Mythos, réservé aux participants de Project Glasswing — afin d’entraîner Kimi K3, considéré comme l’un des modèles chinois les plus avancés. Moonshot aurait également utilisé des données de GPT-4o pour Kimi K2. L’avis énumère les modèles américains concernés et les mesures que les entreprises américaines peuvent mettre en œuvre pour se prémunir contre ces « campagnes de distillation malveillantes ».
Un contexte de tensions récurrentes sur la propriété intellectuelle
Ces accusations ne sont pas nouvelles. Les entreprises américaines affirment depuis longtemps que les firmes chinoises tentent de copier leurs technologies. Peu après que DeepSeek est devenu l’application gratuite la plus téléchargée sur l’App Store d’Apple début 2025, OpenAI a annoncé avoir banni, avec Microsoft, des comptes soupçonnés de distillation. DeepSeek figurait parmi les entreprises enquêtées. Plus tôt en 2026, Anthropic avait également accusé DeepSeek, Moonshot et MiniMax de campagnes de distillation à grande échelle. Toutefois, cette pratique ne se limite pas aux acteurs chinois : lors de l’annonce d’OpenAI sur le retrait de ses modèles de Cursor, il a été noté qu’Elon Musk avait admis avoir utilisé les sorties d’OpenAI pour entraîner les modèles xAI lors de son interrogatoire dans le procès qu’il a intenté contre OpenAI.
Conséquences pour les entreprises et utilisateurs
Cet avis conjoint a des implications directes pour les organisations américaines qui utilisent des modèles d’IA ou fournissent des API. Les agences recommandent des mesures de mitigation, telles que la surveillance des volumes de requêtes anormaux, la détection de schémas de distillation, et des restrictions d’accès aux modèles les plus sensibles. Pour les utilisateurs finaux, cette situation pourrait entraîner un durcissement des conditions d’utilisation et une vigilance accrue sur les appels API. Les entreprises doivent également évaluer les risques liés à l’utilisation de modèles tiers, notamment chinois, dans leurs chaînes de production.
Ce qui est confirmé : la publication de l’avis conjoint par les trois agences américaines, les noms des entreprises et des modèles concernés, ainsi que les pratiques décrites. Ce qui reste inconnu : les preuves matérielles exactes qui étayent ces accusations, les réponses des entreprises chinoises, et les éventuelles sanctions ou actions en justice qui en découleraient.
