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Anthropic détaille les détournements de Claude dans un rapport de renseignement sur les menaces

Close-up of server racks in a data center highlighting modern technology infrastructure.

Anthropic a publié le 10 septembre un rapport de renseignement sur les menaces, le plus détaillé de l’entreprise à ce jour. Le document recense les opérations de détournement de Claude repérées et stoppées entre décembre 2025 et août 2026, classées en sept familles : cyber, influence, surveillance, armes conventionnelles, biologie, arnaques et distillation. L’éditeur précise que ces cas ne représentent pas l’usage moyen de son modèle, mais illustrent les détournements les plus poussés qu’il a identifiés.

Cybercriminalité, influence et arnaques : des volumes inédits

Plusieurs opérations citées reposent sur une automatisation massive. Un opérateur francophone lié à ShinyHunters a décompilé environ 1,8 million d’applications Android depuis une flotte de dix machines hébergées chez Amazon, dans le but d’y extraire des clés d’accès laissées dans le code. Un studio chinois a de son côté animé plus de 4 700 personnages générés par IA sur une vingtaine d’applications de rencontre, face à 25 000 personnes et 2,36 millions de messages en deux semaines. Le dispositif reposait sur trois profils automatisés pour un opérateur humain, ce dernier étant chargé des appels vidéo que les bots ne pouvaient pas assurer.

Ces cas montrent que la barrière entre automatisation légitime et abus tient moins à l’outil qu’aux instructions données et à ce que les mécanismes de filtrage laissent passer.

Surveillance de masse et programmes d’armement

Au Mali, un consultant a développé la plateforme Lakana 360 pour l’Agence nationale de sécurité d’État. Le système exploite les données d’environ 25 millions de cartes SIM réparties entre les trois opérateurs du pays, couvrant appels, SMS et voix, et génère des dossiers de renseignement sur n’importe quel numéro. Il fonctionne en local, avec un modèle de langage hébergé sur place. La contrainte de mandat judiciaire a été retirée du module concerné à la demande de l’opérateur. Le compte associé a été banni par Anthropic, ce qui n’a pas interrompu l’activité du système.

Le rapport identifie aussi six programmes d’armement : trois en Chine, deux en Russie et un au Yémen. Ce dernier comprenait une roquette guidée pilotée par un calculateur de vol de la classe d’un smartphone, un missile balistique annoncé pour plus de 2 000 km de portée et une famille de missiles avec variante à planeur hypersonique. Le tir d’essai de la roquette a échoué et les opérateurs sont revenus vers Claude dans les heures suivantes pour analyser la panne. En Russie, une équipe de freelances distincte de l’appareil d’État selon Anthropic développait un essaim de drones FPV kamikazes capables de désigner une cible et de déclencher la détonation sans intervention humaine, avec un classifieur d’images entraîné sur des vidéos de combat ukrainiennes et une coordonnée fixe dans l’oblast de Donetsk comme point de frappe de démonstration.

Distillation : les labos chinois au premier plan

La section la plus dense concerne l’extraction des réponses de Claude pour entraîner des modèles concurrents. Anthropic avait évoqué en février 16 millions d’échanges cumulés pour DeepSeek, Moonshot et MiniMax. Le nouveau bilan change d’échelle : Alibaba aurait généré plus de 151 millions d’échanges entre mai et juillet, avec un pic proche de 3 millions par jour, pour alimenter Qwen 3.5, 3.6 et 3.7. Moonshot est crédité de 23 millions d’échanges, DeepSeek de 12,1 millions sur quatorze jours, Zhipu de 3,4 millions et Xiaomi de 400 000.

Selon le document, DeepSeek et Moonshot faisaient répondre Claude Opus à leurs propres clients sans que ceux-ci le sachent, DeepSeek identifiant même les requêtes issues de Claude Code ou d’OpenCode pour les rediriger. Dans ce flux, Anthropic affirme avoir observé des identifiants actifs d’une base liée au ministère russe de la Défense ainsi que les images de centaines de caméras de surveillance à Chengdu, autour de sites de l’armée chinoise. Pour extraire le raisonnement interne du modèle, les laboratoires sauvegardaient la signature chiffrée de sa réflexion, ouvraient une nouvelle session et demandaient à Claude de la retraduire en texte. Anthropic décrit cette méthode comme une faille de conception plutôt qu’un jailbreak, et indique l’avoir colmatée avec Fable 5.1.

Ce que le rapport confirme et ce qu’il laisse ouvert

L’éditeur soutient que chaque opération décrite a été perturbée et souligne qu’aucun cas, à une exception près, n’impliquait ses modèles Fable ou Mythos, présentés comme mieux verrouillés. Les modèles Haiku, Sonnet et Opus, les plus largement utilisés, ont en revanche bien servi à ces usages avant détection. Le rapport s’adresse en priorité aux équipes de sécurité et aux directions des systèmes d’information, qui peuvent y trouver des indicateurs à surveiller. Il ne précise pas combien de temps chaque opération a tourné avant d’être repérée, ni quelles autorités ont été prévenues. Les chiffres avancés restent invérifiables de l’extérieur et la réponse des laboratoires cités n’était pas connue à la publication.