En France, l’Alliance pour le vélo a publié jeudi 10 septembre une note de position qui prend le contre-pied d’une possible généralisation du port du casque. Cette prise de position intervient alors qu’une proposition de loi déposée en septembre 2025 par le député Yannick Favennec-Bécot attend toujours son examen en commission, et que le gouvernement privilégie désormais la voie d’un décret en Conseil d’État.
En août 2026, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, a demandé à la Sécurité routière d’étudier une extension du casque aux cyclistes comme aux trottinettes électriques, « en toutes circonstances ». L’Alliance pour le vélo regroupe la FUB, l’UESC, le réseau Vélo et Marche ainsi que l’APIC/France Vélo. L’Association des acteurs du vélo public cosigne la note.
Le paysage réglementaire actuel
En l’état, le casque n’est obligatoire que pour les enfants de moins de 12 ans. Pour les adultes, il reste recommandé, y compris sur un vélo électrique bridé à 25 km/h. Plusieurs communes et agglomérations ont néanmoins pris des arrêtés locaux pour l’imposer, notamment dans le Nord, le Vaucluse, à Nice et au Touquet. À Paris et en petite couronne, le casque est exigé depuis août pour les trottinettes et autres engins de déplacement personnel motorisés (EDPM), mais pas pour les vélos.
Les chiffres de la mortalité en question
L’Alliance ne conteste pas le bénéfice individuel du casque : en cas de chute, il réduit d’environ 69 % le risque de blessure grave à la tête. Elle souligne toutefois que la mortalité des cyclistes progresse hors agglomération, là où l’infrastructure fait défaut, alors qu’elle recule en ville. En 2025, 235 cyclistes ont été tués en France métropolitaine et 2 800 blessés gravement, soit une hausse de 8 % par rapport à 2024. Le risque se concentre donc loin du vélo urbain du quotidien, celui qu’une règle « en toutes circonstances » pénaliserait en premier.
Les précédents étrangers cités
L’association s’appuie sur les données observées dans les pays ayant déjà franchi le pas. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont imposé le casque au début des années 1990, reviennent presque toujours dans la discussion. Des études ont relevé une baisse de la pratique après l’instauration de ces obligations, même si l’ampleur de l’effet causal et son extrapolation au contexte français font débat. Deux éléments sont jugés robustes : la pratique n’a pas retrouvé ses niveaux antérieurs, et les systèmes de vélos partagés de Melbourne et Brisbane affichent parmi les taux d’usage les plus bas au monde. À l’inverse, le Territoire du Nord australien, qui a levé l’obligation pour les adultes, présente la meilleure parité femmes-hommes parmi les cyclistes pendulaires.
L’Alliance cite également deux pays de l’Union européenne, la Finlande et Chypre, qui ont instauré une obligation générale pour les adultes sans sanction associée : le taux de port réel y est resté modeste. Une obligation non contrôlée produirait donc un signal dissuasif sans générer le comportement recherché.
Aux États-Unis, une récente loi du New Jersey imposant immatriculation, assurance et permis a fait chuter les ventes de vélos électriques dans certains magasins, illustrant le risque d’une réglementation qui étouffe la pratique.
Le casse-tête du vélo en libre-service
C’est sur le vélo électrique en libre-service que l’argumentaire se veut le plus concret. Ce service repose sur des trajets courts et parfois improvisés, par des usagers qui n’ont pas de casque sur eux. Exiger le port sans avoir résolu à grande échelle et à coût nul pour l’usager sa disponibilité et son hygiène reviendrait, selon l’Alliance, à condamner le service.
L’association dresse la liste des tentatives qui ont échoué ou plafonné ailleurs : casques jetables fortement subventionnés à Melbourne, casques réutilisables attachés aux vélos à Brisbane dont l’essentiel a été perdu ou volé, distributeurs connectés à Vancouver et Boston restés à l’état d’exception. Le service Pronto de Seattle a fermé en 2017. L’hygiène reste l’obstacle perçu le plus puissant : l’usager ignore qui a porté le casque avant lui. L’enjeu concerne 220 services de vélo public en France, dont les usagers comptent 46 % de femmes, jusqu’à 63 % dans certaines communautés de communes.
Différencier les usages plutôt que tout assimiler
L’Alliance propose de ne plus traiter le cycliste utilitaire de la même façon qu’un utilisateur de trottinette électrique. Légiférer d’un seul bloc reviendrait à appliquer au premier les contraintes pensées pour les usages les plus rapides ou les plus déréglementés. L’urgence chiffrée se situerait du côté des EDPM. Une règle nationale applicable aux EDPM, se substituant aux arrêtés locaux et excluant explicitement les cycles de son périmètre, permettrait d’atteindre l’objectif de lisibilité.
L’association plaide pour un taux d’adoption élevé obtenu par la norme sociale plutôt que par la contrainte : généraliser le casque dans les pratiques encadrées et débutantes (associations, vélo-écoles, Savoir Rouler à Vélo, sorties scolaires, clubs, VTT et gravel), le rendre plus accessible et travailler à une campagne de sensibilisation avec tous les acteurs. L’idée est de banaliser le casque au même titre que l’éclairage ou l’antivol. La priorité, conclut l’Alliance, doit aller à l’infrastructure et à la sécurisation des voiries, non à la seule responsabilisation de l’usager le plus vulnérable. Une obligation généralisée enverrait un signal contraire aux objectifs du Plan vélo national et du contrat de filière vélo, et fragiliserait le modèle économique des services de vélos publics.
Ce qui est confirmé et ce qui reste ouvert
La note de position de l’Alliance pour le vélo et de l’Association des acteurs du vélo public est publiée. La demande d’étude de la ministre Marie-Pierre Vedrenne et les arrêtés locaux déjà pris sont établis. En revanche, ni la voie réglementaire définitive ni le périmètre exact d’une éventuelle obligation ne sont arrêtés à ce stade. La proposition de loi de septembre 2025 demeure en attente d’examen en commission, et l’arbitrage entre décret et disposition législative n’est pas tranché.
