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La flambée des prix de la RAM fragilise le reconditionnement solidaire et creuse la fracture numérique

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Lesnumeriques

La pénurie de mémoire vive et de dispositifs de stockage qui frappe l’industrie du numérique depuis plusieurs mois a des conséquences inattendues : elle menace les associations de reconditionnement solidaire, qui fournissent des ordinateurs à bas coût ou gratuitement aux personnes les plus démunies. Alors que les prix de ces composants ont triplé, ces structures doivent faire face à des coûts de remise en état en hausse, sans pouvoir répercuter la différence sur leurs bénéficiaires, souvent en grande précarité.

Des coûts en hausse dans un secteur sous tension

Les associations de reconditionnement solidaire, comme Ordi Grand Ouest ou les Ateliers du Bocage, constatent une envolée des tarifs des SSD et des barrettes de RAM. Michel Clech, coprésident d’Ordi Grand Ouest, rapporte que des SSD achetés 15 € il y a un an et demi coûtent désormais 44 €, soit près du triple. Cette hausse, qui devrait s’accentuer, alourdit mécaniquement le coût de reconditionnement de chaque machine, estimé entre 50 et 70 € par ordinateur.

Selon Olivier Bien, directeur général adjoint des Ateliers du Bocage, les prix ont connu une augmentation exponentielle entre novembre et janvier derniers, rendant la situation intenable pour des structures qui fonctionnent avec des budgets limités. Dans ce contexte, certaines petites antennes du réseau peinent à poursuivre leur activité, et des cas de machines arrivant sans aucun dispositif de stockage ont été signalés.

Des associations contraintes de s’adapter

Face à cette impasse, les reconditionneurs solidaires déploient plusieurs stratégies. Ils piochent d’abord dans leurs stocks de machines « donneuses d’organes » pour récupérer des pièces et maintenir leurs activités de distribution. Ces réserves pourraient permettre de tenir jusqu’en 2026, mais après, les projets de lutte contre la fracture numérique risquent d’être compromis selon Ordi Grand Ouest.

Les associations diversifient également leurs sources de revenus : vente de logiciels d’effacement maison, commercialisation de smartphones de seconde main, ou développement de PC fixes, plus durables et faciles à réparer, pour les bénéficiaires qui peuvent s’en accommoder. Ces activités annexes permettent de subventionner les branches déficitaires et de garantir la gratuité des services pour les plus démunis.

Mais le levier le plus important reste l’augmentation des collectes auprès des entreprises. Actuellement, moins de 10 % des équipements professionnels réformés sont récupérés par ces associations. Convaincre davantage d’entreprises de donner leurs machines plutôt que de les vendre à des courtiers est donc crucial.

Une concurrence qui menace le secteur

Les associations font face à une concurrence accrue de la part de courtiers privés européens et extra-européens, qui rachètent les flottes de PC à des prix attractifs, parfois pour les broyer et en extraire des matériaux précieux. Dans certaines régions, des entreprises ont préféré la destruction au reconditionnement, un choix jugé plus rentable. Cette tendance, si elle se poursuit, pourrait rendre marginaux les critères d’inclusion sociale défendus par les acteurs solidaires, qui misent sur la traçabilité de leurs opérations et leur éthique pour convaincre les donneurs potentiels.

Face à ce défi, les associations comme les Ateliers du Bocage, fortes de 34 ans d’expérience, conservent un certain optimisme : les entreprises restent sensibles à leur positionnement et à leurs missions RSE. Mais l’inquiétude demeure, comme l’exprime Michel Clech : les critères d’inclusion pourraient devenir purement marginaux si la pression concurrentielle s’accentue.

Quelles conséquences pour les bénéficiaires ?

Pour les personnes en situation de précarité, souvent éloignées du numérique, cette crise pourrait se traduire par des difficultés accrues pour s’équiper en ordinateur, un outil devenu indispensable pour les démarches administratives. Les bénéficiaires, qui peinent déjà à se loger et à se nourrir, ne peuvent pas contribuer financièrement davantage. Si la situation persiste, certaines associations pourraient être contraintes de réduire leur activité, voire de fermer leurs portes, creusant un peu plus la fracture numérique.

À ce jour, rien n’indique une baisse des prix des composants dans un avenir proche. La demande en IA, qui alimente la pénurie, continue de croître, et le marché reste tendu. Les acteurs du reconditionnement solidaire appellent donc à une prise de conscience collective et à un soutien accru, notamment des pouvoirs publics, pour préserver cette filière essentielle à l’inclusion numérique.

En résumé, ce qui est confirmé : la hausse des prix est réelle et impacte directement les coûts de reconditionnement. Ce qui reste incertain : la capacité des associations à absorber le choc à moyen terme, et l’issue de la pression concurrentielle qui pourrait, selon les acteurs, fragiliser l’ensemble du réemploi.