← Toutes les publications

L’électrique devient moins chère à l’usage qu’une thermique en Europe

Public charging station with eco-friendly design for electric vehicles.

L’organisation non gouvernementale ICCT, spécialisée dans les transports propres, a publié ce lundi 7 septembre son état des lieux annuel de l’électrification européenne, l’EV Transition Check. Le rapport met en évidence une baisse significative du coût d’achat des voitures électriques et un avantage financier croissant à l’usage. En 2025, rouler en électrique coûtait en moyenne 33 % de moins qu’avec un véhicule thermique équivalent, une économie qui interroge la pertinence de conserver un ancien modèle essence.

Baisse des prix d’achat et des batteries

En Allemagne, le plus grand marché automobile d’Europe, le prix d’achat réel d’une voiture 100 % électrique a reculé de 18 % entre 2020 et 2025, après neutralisation de l’inflation et de la montée en gamme des modèles. Dans le même temps, le coût des batteries a chuté de 35 %, tandis que les véhicules thermiques voyaient leurs prix augmenter de 2 %. Peter Mock, directeur Europe de l’ICCT, note que les prix des voitures ont moins baissé que ceux des batteries, laissant selon lui une marge pour une baisse supplémentaire dans les années à venir. Cette tendance allemande est considérée comme représentative de l’ensemble du continent, et en France, l’écart de prix moyen avec le thermique se resserre également.

Contexte pétrolier et économies d’usage

Les économies à l’usage sont accentuées par le contexte géopolitique. Depuis fin février 2026, la flambée des cours du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient a renchéri le carburant. L’Agence internationale de l’énergie estime même que cette hausse du brut a gonflé de 35 % les économies annuelles de carburant pour un conducteur électrique dans l’Union européenne en avril 2026. Marie Rajon Bernard, autrice principale de l’étude, résume : il est difficile de passer à côté de ces économies. Pour beaucoup de profils, notamment ceux qui roulent beaucoup et rechargent à domicile, garder une voiture essence revient désormais plus cher que de passer à l’électrique, un calcul qui tient sur un coin de table.

Production et ventes en transformation

La transition se reflète dans les usines européennes. La part des motorisations thermiques dans la production automobile est passée de 91 % en 2020 à 72 % en 2025, tandis que l’électrique atteignait 19 % de la production. Côté ventes, le 100 % électrique a représenté 22 % des immatriculations de voitures neuves en Europe au premier semestre 2026. La France fait mieux que la moyenne avec 28 %, l’Allemagne 26 %, le Danemark 80 %, tandis que l’Italie et l’Espagne sont à la traîne avec 8 % et 10 %. En France, la dynamique s’est accélérée cet été : en août 2026, l’électrique a atteint un record de 38,2 % des immatriculations neuves, aidé par le retour du leasing social et le coût élevé du carburant.

Cette offre croissante provient en partie des constructeurs chinois comme BYD, désormais installés parmi les leaders mondiaux avec des modèles agressifs sur les prix. La carte industrielle se redessine : le chinois Chery s’intéresse à l’usine historique de Nissan à Sunderland pour produire en Europe, tandis que Stellantis prévoit d’ouvrir ses usines à Dongfeng en France et à Leapmotor en Espagne.

Bénéfices collectifs et perspectives réglementaires

Au-delà des économies individuelles, l’ICCT chiffre les bénéfices collectifs. L’électrification du transport routier ferait économiser 4,5 milliards d’euros par an d’importations d’énergies fossiles à l’Union européenne. À l’échelle mondiale, le parc électrique a évité environ 1,7 million de barils de pétrole par jour en 2025, selon l’Agence internationale de l’énergie. L’électrique n’efface pas tout, entre fabrication des batteries, pneus et recyclage, et l’industrie travaille sur des composants moins polluants pour réduire l’empreinte restante.

En toile de fond demeure l’objectif fixé par Bruxelles : la fin des ventes de voitures thermiques neuves en 2035. La Commission a proposé fin 2025 un assouplissement visant une réduction de 90 % des émissions plutôt que 100 %. Avec 22 % d’électrique aujourd’hui en Europe, le chemin reste long, mais la pente est enfin dans le bon sens. Pour ceux qui hésitent encore, l’arbitrage financier penche de plus en plus vers l’électrique, notamment pour les gros rouleurs. Ceux qui font peu de kilomètres ou dépendent uniquement de la borne publique y gagneront moins, tant que les tarifs de recharge restent disparates. Sur la tendance de fond, le débat est à peu près clos, mais les données détaillées par pays et par segment restent à préciser.