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openDesk fait son entrée dans l’administration suisse

A close-up view of a laptop screen showing a coding and data analysis software interface in an indoor setting.

La Suisse franchit une étape concrète dans sa stratégie de souveraineté numérique. La Chancellerie fédérale a débloqué près de 9 millions de francs (environ 9,6 millions d’euros) pour installer la suite bureautique open source openDesk sur quelque 3 000 ordinateurs de l’administration fédérale, soit environ 7 % des postes, avec un objectif de déploiement d’ici fin 2027.

Une suite libre modulaire, testée en conditions réelles

openDesk n’est pas un projet isolé. Développée par le centre allemand ZenDiS (centre pour la souveraineté numérique), elle assemble plusieurs briques logicielles libres déjà matures : Nextcloud pour le stockage et le partage de fichiers, Open-Xchange pour la messagerie et les agendas, Jitsi pour la visioconférence, et Element pour la messagerie instantanée. Cette architecture modulaire vise à remplacer les principaux services de Microsoft 365 sans dépendre d’un éditeur unique.

Le choix de Berne repose sur une phase de test menée auprès de 172 fonctionnaires volontaires, dans le cadre d’une étude de faisabilité nommée PoC BOSS. L’Allemagne fournit la suite gratuitement, ce qui réduit le coût d’acquisition, mais le budget alloué couvre principalement l’intégration, la maintenance et l’accompagnement au changement. openDesk fonctionnera en parallèle de Microsoft 365 afin de ne pas perturber le travail des agents en cas de problème.

Un contexte politique et juridique favorable

Ce déploiement s’inscrit dans un mouvement européen plus large visant à réduire la dépendance aux technologies américaines. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et le Cloud Act, qui permet aux autorités américaines de réclamer des données détenues par des entreprises américaines, ont relancé les inquiétudes sur la souveraineté des données.

Côté juridique, la Suisse dispose depuis janvier 2024 de la loi EMBAG, qui oblige l’État à publier le code source des logiciels développés pour ou par lui. Cette disposition facilite l’adoption de solutions open source et encourage la réutilisation des développements publics.

D’autres entités suisses suivent la même voie : l’unité cyber de l’armée suisse a annoncé vouloir abandonner complètement Microsoft 365 au profit d’openDesk.

Des précédents contrastés en Europe

L’Europe accumule les expériences, avec des succès et des échecs. Le Land allemand du Schleswig-Holstein a migré une grande partie de son administration vers Linux et des logiciels libres. La transition a pris près de sept ans et environ 20 % des postes fonctionnent encore sous licence Microsoft, mais le Land affirme avoir économisé plus de 15 millions d’euros de licences pour un investissement de 9 millions d’euros.

En France, la Gendarmerie nationale a migré des dizaines de milliers de postes vers LibreOffice et Linux dès le début des années 2010. Plus récemment, l’Urssaf a choisi Linux pour son cloud, première étape vers un abandon de Windows. À l’inverse, la ville de Munich, pourtant pionnière, a fait machine arrière après plusieurs années d’utilisation de Linux, illustrant les difficultés de ces chantiers de grande ampleur.

Les applications métiers restent d’ailleurs un frein majeur : beaucoup sont encore conçues pour l’univers Microsoft, ce qui rend la généralisation à l’ensemble de l’administration lente et progressive.

Ce qui est confirmé et ce qui reste à observer

Le budget, le calendrier et le choix d’openDesk pour 3 000 postes sont officiels. La suite sera déployée en parallèle de Microsoft 365, avec un objectif de bascule complète à long terme pour certaines entités comme l’armée. Reste à mesurer l’adoption par les agents, la compatibilité avec les outils métiers et les coûts réels de maintenance. L’expérience suisse fournira des données précieuses sur la viabilité d’open source dans une administration moderne, alors que d’autres pays européens observent attentivement.