Orange serait en discussion avec Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica pour constituer un consortium européen visant à exploiter le spectre satellitaire réservé par Bruxelles. L’information, révélée par l’agence Bloomberg, a été reprise mardi 8 septembre 2026. Ce projet, s’il aboutit, aurait pour ambition de créer un concurrent direct à Starlink sur le marché du direct-to-device, une technologie qui permet aux smartphones de se connecter directement à des satellites.
Un consortium pour un spectre réservé
La Commission européenne envisage de réserver un tiers de la bande des 2 GHz à un opérateur sous contrôle européen, dans le cadre du renouvellement des licences arrivant à expiration en mai 2027. Un second tiers serait destiné aux usages régaliens, comme la défense ou la gestion de catastrophes, via le programme IRIS². Le consortium formé par les quatre opérateurs convoite ce premier tiers réservé aux acteurs européens.
Ensemble, Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica couvrent déjà la majorité des abonnés mobiles des plus grands marchés de l’Union européenne, ce qui en ferait un candidat naturel pour ce dossier. Le consortium viserait plus spécifiquement le direct-to-device, un segment en plein essor où Starlink, avec son service direct-to-cell lancé en 2024, occupe aujourd’hui une position de leader.
Des partenariats américains déjà existants
Une complexité de taille réside dans les liens déjà noués avec des acteurs américains par deux des membres pressentis du consortium. Deutsche Telekom a conclu un partenariat avec Starlink en 2026, lors du Mobile World Congress, pour combler les zones blanches dans dix pays européens à partir de 2028. Ce rapprochement pourrait entrer en tension avec l’exigence de contrôle européen exigé pour obtenir le spectre réservé.
Vodafone, de son côté, détient la moitié d’une coentreprise avec AST SpaceMobile, une entreprise américaine. Pour prétendre au spectre réservé aux Européens, le britannique devrait faire évoluer cette structure, actuellement à parité, afin de se conformer aux critères de contrôle européen. SpaceX, la maison mère de Starlink, s’oppose naturellement à une régulation qui l’exclurait du marché européen des fréquences.
Une question de souveraineté numérique
Au-delà des enjeux techniques et économiques, ce projet illustre la volonté de l’Europe de ne pas dépendre entièrement d’infrastructures américaines pour les communications spatiales. La crainte d’une dépendance totale, notamment en cas de catastrophe ou de conflit, alimente cette dynamique. Le satellite apparaît comme un nouveau terrain de la bataille pour l’autonomie technologique du continent.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où SpaceX revendique déjà la capacité d’envoyer textos et données vers des téléphones ordinaires depuis l’orbite, et commercialise cette capacité auprès d’opérateurs tiers, dont Deutsche Telekom. En Europe, SpaceX ne dispose cependant pas encore de fréquences propres pour commercialiser directement ses services, ce qui freine son expansion.
À ce jour, aucune signature n’est intervenue et les discussions demeurent à un stade précoce. Aucun des quatre opérateurs n’a officiellement commenté cette information. Le prochain rendez-vous majeur est fixé à 2027, avec les enchères de fréquences européennes. D’ici là, les alliances actuelles pourraient être amenées à évoluer pour permettre l’émergence d’une alternative européenne viable.