Tiamat, jeune entreprise picarde fondée en 2017, devait implanter une usine de batteries sodium-ion à Amiens. Le projet est reporté, faute d’avoir réuni les financements nécessaires. La première phase représentait environ 200 millions d’euros d’investissement et la création annoncée de 400 emplois directs, pour une mise en production espérée fin 2028. Hervé Beuffe, PDG de Tiamat, a expliqué que le financement d’un tel projet était « relativement complexe » et « très difficile à clôturer pour une jeune entreprise comme la nôtre ».
Un financement difficile à boucler
Le report intervient alors que Tiamat avait obtenu un soutien de poids : Stellantis, via sa branche Stellantis Ventures, avait investi dans l’entreprise. L’objectif affiché était de sécuriser une filière de batteries sans lithium ni cobalt, présentées comme plus performantes en conditions hivernales que les technologies lithium-ion, et de préparer une future génération de citadines électriques abordables, telles que la Citroën Ami ou la Fiat Topolino. Toutefois, cet investissement devait d’abord financer des batteries destinées à l’outillage et au stockage stationnaire, l’automobile n’étant envisagée que pour une deuxième génération encore lointaine. Malgré ce soutien, Tiamat n’a pas pu réunir l’ensemble des financements privés, dans un contexte où le secteur des batteries peine à convaincre en Europe.
La production maintenue en Asie
En attendant, Tiamat continue de faire fabriquer ses batteries par des sous-traitants asiatiques. Son dirigeant qualifie cette solution de « par défaut » et reconnaît que ce n’est « pas non plus l’option la plus sécurisante à long terme ». Elle reste néanmoins la seule option viable pour maintenir l’activité de l’entreprise. La technologie sodium-ion, qui remplace le lithium par du sodium, un élément plus abondant et moins coûteux à extraire, offre une recharge plus rapide mais une densité énergétique inférieure à celle du lithium-ion. Cela limite son usage aux véhicules électriques longue distance et oriente Tiamat vers le petit électroménager, l’outillage ou le stockage d’appoint pour centres de données. Un partenariat avec l’américain Endeavour, noué l’année dernière, s’inscrit dans cette stratégie.
Conséquences pour la filière et l’écosystème local
Ce report relativise l’impact direct sur la filière batteries automobiles, car la technologie sodium-ion de Tiamat ne cible pas prioritairement ce marché. Le symbole reste toutefois pesant pour l’écosystème industriel local, alors que la Vallée de la batterie dans le Nord, portée notamment par l’usine ACC de Stellantis, TotalEnergies et Mercedes, rencontre elle aussi des difficultés de jeunesse. La Chine, de son côté, a investi cette chimie pour le stockage stationnaire et des usages automobiles, avec des batteries destinées aux voitures électriques dont la fabrication débuterait dès 2026.
Ce qui est confirmé, ce qui reste incertain
Le report du projet d’usine à Amiens est confirmé par Tiamat, tout comme l’absence de tour de table complet. La production par des sous-traitants asiatiques se poursuit. En revanche, aucune nouvelle échéance n’a été annoncée pour l’usine, et les modalités de financement futur ne sont pas précisées. L’impact à long terme sur l’emploi local et sur la stratégie de Tiamat dans l’automobile reste inconnu.
