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Un écran connecté à 15 € détourné en tableau de bord domotique

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Un écran carré de 240 pixels de côté, vendu une quinzaine d’euros comme station météo de bureau, peut servir de tableau de bord domestique. Il affiche en boucle les quotas d’outils d’IA, la température et le CO2 pièce par pièce, ainsi que la consommation en watts d’une climatisation. L’adaptation repose sur une puce ESP8266 et sur une heure de travail menée avec un agent d’IA capable d’exécuter des commandes sur la machine hôte.

Un boîtier banal aux capacités non documentées

Le matériel est un GeekMagic SmallTV Ultra, un afficheur de bureau construit autour d’un microcontrôleur ESP8266 avec WiFi et d’un écran de 240 par 240 pixels. À l’achat, il se limite à une horloge et à une météo sommaire. La fiche produit ne signale aucune possibilité de personnalisation.

La gamme compte plusieurs variantes. Le SmallTV et le SmallTV Ultra partagent la même puce ESP8266 et le même écran ; seule la partie logicielle diffère. Le SmallTV Pro utilise un ESP32 disposant de davantage de mémoire, pour un prix supérieur. Selon l’usage décrit, la version Ultra constitue le point d’entrée suffisant.

La découverte des fonctions passe par le réseau local. Un balayage des appareils connectés à la box fait apparaître un boîtier signé Espressif, fabricant de la puce. L’adresse du boîtier ouvre une page de configuration. La lecture du code de cette page révèle des commandes HTTP permettant d’envoyer une image, de la faire afficher, de changer de thème ou de régler la vitesse de défilement. Cette interface locale est présente d’origine mais n’est pas mentionnée par le vendeur.

Une réserve accompagne cette facilité : sur le logiciel d’origine, l’interface HTTP n’est protégée par aucun mot de passe. Tout appareil connecté au même réseau peut envoyer une image ou modifier l’affichage. Sur un réseau domestique maîtrisé, la portée reste limitée ; sur un WiFi partagé, la précaution s’impose.

Une méthode de travail et quatre défaillances

Le principe consiste à décrire l’objectif à un agent d’IA installé sur un mini-PC, qui lit le code, écrit les scripts et les exécute. Un programme compose des images de 240 pixels et les envoie à l’écran toutes les deux minutes pour rafraîchir les données. Quatre incidents ont jalonné la mise au point.

  • Premier cas : l’image était transmise et le serveur répondait favorablement, mais l’écran restait figé sur son thème d’horloge, qui ignore les images reçues. Une commande supplémentaire, non documentée, s’est révélée nécessaire pour forcer l’affichage.
  • Deuxième cas : un compteur d’usage affichait une valeur vieille de dix-huit jours comme si elle était actuelle, l’IA ayant lu le mauvais fichier. Un chiffre faux mais plausible est plus difficile à détecter qu’une erreur manifeste.
  • Troisième cas : au moment de construire l’écran, aucun capteur ne répondait. Sur 169 entités déclarées dans Home Assistant, plus de la moitié étaient hors ligne. L’affichage a donc été écrit pour montrer « n/a » plutôt que d’inventer une valeur. Une station Netatmo rebranchée une heure plus tard a rempli l’écran sans modification du code.
  • Quatrième cas : un fournisseur de données a modifié la structure de ses informations sans préavis, exposant une nouvelle fenêtre de mesure à la place de l’ancienne. Le script affichait alors un chiffre exact, 14 %, sous une étiquette devenue fausse.

Ces incidents dessinent la répartition des rôles. L’IA accélère la lecture d’un logiciel inconnu, l’écriture de code jetable et la gestion de nombreux détails techniques. Elle reste en revanche aveugle à ce qui ne figure pas dans ses réponses, comme un écran figé ou une donnée plausible mais erronée. La vérification physique et le doute sur un chiffre relèvent de l’utilisateur.

Trois affichages et un intérêt pratique

Le tableau de bord fait défiler trois vues. La première suit les quotas d’outils d’IA sous forme de barres, avec le temps restant avant remise à zéro. La deuxième restitue la température et le CO2 pièce par pièce, complétés par la météo extérieure et l’heure du coucher du soleil via la station Netatmo.

La troisième vue concerne la climatisation Midea PortaSplit : température de consigne, températures intérieure et extérieure, puissance instantanée en watts et énergie cumulée. Voir défiler les watts en direct modifie le rapport à l’appareil, en rendant lisible le coût d’une heure de refroidissement.

Le CO2 s’affiche en couleur : vert en dessous de 800 ppm, orange jusqu’à 1200, rouge au-delà. Cette indication, la plus utile de l’écran, signale le moment opportun pour ouvrir une fenêtre. La concentration en dioxyde de carbone sert ici de mesure de la qualité de l’air intérieur.

L’ensemble reste local : aucune donnée de la maison ne quitte le réseau, contrairement aux afficheurs dépendant du cloud d’un constructeur. Un afficheur mural conçu pour Home Assistant, vendu prêt à l’emploi, coûte cinq à dix fois le prix du boîtier détourné.

Ce qui est établi et ce qui reste ouvert

Les faits confirmés portent sur le matériel, la méthode et le résultat : un GeekMagic SmallTV Ultra autour de 15 €, une puce ESP8266, un écran de 240 pixels, une interface HTTP locale sans mot de passe, trois affichages fonctionnels et un coût nul en lignes de code écrites manuellement.

Le dispositif repose sur trois interfaces que personne ne s’engage à maintenir. Une panne future est probable ; une réparation a déjà eu lieu avec un autre agent d’IA sur le mini-PC. La stabilité sur la durée, la compatibilité avec d’autres modèles de la gamme et l’évolution des interfaces utilisées ne sont pas documentées à ce stade.

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